Fatima Binet Ouakka, Presse virtuelle Maroc

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PRESSE 2012

MAPF 15/06/2012 10:50:00
FRANCE-MAROC-CULTURE-ART
Fatima Binet-Ouakka expose à Paris pour célébrer les "femmes au réel"

-Par Amal TAZI.

Paris, 15 juin 2012 (MAP) - L'artiste-peintre marocaine Fatima Binet-Ouakka célèbre les "femmes au réel" dans sa nouvelle exposition qui se tient jusqu'au 25 juin dans la galerie parisienne "Galerie Etienne de Causans".

L'exposition, organisée avec le soutien de l'Ambassade du Maroc à Paris, se veut un hommage à "toutes ces femmes du monde" qui se battent pour leur émancipation et la promotion de leurs droits pour "vivre dignement, en harmonie et sans rivalité aucune avec les hommes puisqu'ils sont complémentaires", a-t-elle confié à la MAP.

Sa toile "Nous pensons habiter en surface" est l'illustration parfaite, selon elle, de cette idée d'harmonie qu'elle cherche à retrouver dans les rapports hommes/femmes, "en s'imprégnant de la nature des êtres" pour "positiver le monde" et "sublimer la vie" dans cette quête d'une meilleure cohabitation, sur la base des valeurs de tolérance, du respect, d'humanisme et de paix.

Binet-Ouakka qui a décidé de consacrer sa production artistique 2012 à la question de la femme, se dit révoltée par toutes les injustices infligées aux femmes et les violences dont elles font l'objet.

Mais cette situation ne peut, selon elle, être imputée qu'aux hommes, puisque les femmes ont "leur part de responsabilité". "Par leur silence, les victimes s'enferment, s'enchaînent, se refusent leur propre liberté et n'osent pas aller vers la lumière", estime l'artiste.

Elle illustre cette idée dans l'une des pièces maitresses de son exposition, à travers un voile dissimulant le visage d'une femme qui "pourrait pourtant s'affranchir et atteindre la lumière en regardant à travers la trame qui symbolise le frein à sa liberté".

Le public marocain aura notamment l'occasion de découvrir, lors de la première Biennale Internationale de Casablanca (15-30 juin), l'une de ses dernières créations, "IFITRY" également tournée autour de la thématique de la femme.

Cette oeuvre qui tire son nom d'une légendaire berbère, a été réalisée à l'occasion de sa participation à une résidence d'artistes à Essaouira en avril dernier.
L'artiste marocaine, qui expose également en parallèle en Chine dans le cadre de son Salon international d'Automne, inscrit sa peinture dans une démarche de "recherche de l'essentiel avec des tonalités plus obscures, contrastant avec des traits de lumière arrachée à l'obscurité", avec le souci d'"aller vers le temps plus que d'aller vers l'espace".

La cérémonie de vernissage de son exposition parisienne aura lieu mardi prochain. Elle sera suivie le 23 juin d'une soirée de lectures poétiques autour de la peinture, avec la participation des artistes Jean Michel Dermay, ancien de la comédie française, et Joel conte, accompagnés par un éclat musical de Jean Marc Zelwer au Santour.

Originaire de la région de Fès, Fatima Binet-Ouakka est diplômée en psychologie-physiologie de l'Institut Pierre et Marie-Curie à Paris. Formée dans les arts plastiques, l'artiste, dont le nom revient fréquemment aujourd'hui dans le milieu des arts parisiens, a un parcours impressionnant qui l'a emmenée dans les plus beaux sites d'exposition du monde, de New York à Cerda (Espagne), de Genève à Shanghai (Chine), de Rabat à Kuala Lumpur (Malaisie) et de Buenos Aires (Argentine) à Berlin (Allemagne).

Membre de "Association of Art to the UNESCO", Fatima Binet-Ouakka a eu de nombreux Prix et distinctions, dont les prestigieux Prix "Leonardo Da Vinci" et "Martin Luther King" décernés à la plasticienne en octobre 2009 en Italie en reconnaissance de la qualité de ses oeuvres qui ont voyagé à travers les quatre coins du monde et qui expriment des principes humanistes notamment la justice, la liberté, la paix, le respect universel et le droit au bonheur.

L'artiste-peintre est également récipiendaire de la médaille d'Argent de la ville de Paris, la médaille d'Or de la ville d'Arles et du Prix "Bosco Tatsuya Hirata" (Japon). Au sommet de son art, sa notoriété apparaît aussi bien dans le dictionnaire de cotation des artistes modernes que dans l'Annuaire international des arts.(MAP).
Amal Tazi

Journaliste de l'agence de presse marocaine (MAP)




L'artiste-peintre marocaine Fatima Binet-Ouakka a reçu, récemment à Brindisi (Sud de l'Italie), les Prix "Leonardo da Vinci" et "Martin Luther King", décernés par l'Association culturelle "Italia in Arte".

Ces Prix ont été attribués à la plasticienne marocaine en reconnaissance de la qualité de ses œuvres qui ont voyagé à travers les quatre coins du monde et qui expriment des principes humanistes, dont la justice, la liberté, le respect universel de l'Homme et le droit au bonheur.

La cérémonie de remise des Prix s'est déroulée en présence d'illustres personnalités du monde de l'art, de la culture, de la science et des médias.

Ces prestigieuses distinctions honorent "non seulement ma personne mais aussi l'ensemble des artistes nationaux et le peuple marocain tout entier", a confié à la MAP Mme Binet-Ouakka.

Elle a souligné que ces Prix ainsi que l'acquisition récente par le Musée d'Erevan (Arménie) de l'une de ses œuvres l'encouragent encore plus que jamais à donner le meilleur d'elle-même pour les années à venir.

Cette grande manifestation artistique et culturelle a été initiée en collaboration avec le département de la science des matériels de l'Université de Salento et avec le parrainage notamment de la région de Lombardie, la commune de Lecce et les régions de Venise et de Rome.

Née à Fès, Fatima Binet-Ouakka est diplômée en psychologie-physiologie de l'Institut Pierre et Marie-Curie à Paris.

Formée dans les arts plastiques, l'artiste, dont le nom revient fréquemment aujourd'hui dans le milieu des arts parisiens, a un parcours impressionnant qui l'a emmené dans les plus beaux sites d'exposition du monde, de New York à Cerda (Espagne), de Genève à Xiams (Chine), de Rabat à Kuala Lumpur (Malaisie), de Buenos Aires (Argentine) à Berlin (Allemagne).

Membre de "Association of Art to the UNESCO", la plasticienne marocaine a eu de nombreux Prix et distinctions, dont la médaille d'Argent de la ville de Paris, la médaille d'Or de la ville d'Arles et le Prix "Bosco Tatsuya Hirata" (Japon).

Au sommet de son art, sa notoriété apparaît aussi bien dans le Dictionnaire de cotation des artistes modernes que dans l'Annuaire international des Arts.


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Fatema Binet Ouakka
 
Extrait d'Entretien donné à la revue marocaine Nejma
en décembre 2009

- En introduction, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de "Nejma" ? « interw pour un Magazine Nejma

- Je m’appelle Fatema Binet-Ouakka. Je suis née dans la région de Fès aux Aït Sadden. Cet anthroponyme signifie les « fils de la lumière ». « Asidd » est, en effet, un prénom en langue berbère, ici la langue tamazight, qui est l’équivalent de « nûr » en arabe, prénom qu’on associe le plus souvent à la religion dans cette langue puisqu’on y forge l’expression « nûr al-dîn », « noureddine », « lumière de la religion ». En tamazight, le nom est pris dans son sens absolu puisqu’il n’a pas de déterminant. Il faut alors comprendre ce que peut être cette « lumière ».
Est-ce lié au fait que l’on dise que les Aït Sadden sont connus pour leur sagesse ? Je ne sais. Cet ensemble humain des Aït Sadden est situé à un peu plus de soixante-dix kilomètres à l’est de Fès, plus précisément près du souk appelé Ras Tabouda, un des deux centres de ce groupe. Petite-fille, je gardais les moutons avec mes cousines, les sens toujours en éveil. Il s’agissait, d’abord, de trouver les meilleurs pâturages. Il fallait aussi faire attention à divers dangers. Mon père était militaire dans les Forces auxiliaires, ce qui lui permit de voyager. Ma mère, une femme pleine de courage, de volonté et de dignité, est restée femme au foyer. Je suis l’aînée de 10 enfants. Bref, je suis une Marocaine ordinaire. Du moins si on me compare aux autres enfants d’origine rurale de cette région.

Ma grand-mère maternelle me fit monter, un jour, sur un mulet pour aller au souk de Bir Tamtam. Et elle me dit : « Tu monteras un jour à cheval, non pas pour aller te marier, mais pour te déplacer là où tu voudras ».
Cette femme ignorait totalement ce qu’était réellement le monde extérieur à son village et cela pouvait expliquer le désir qu’elle manifesta ainsi indirectement. Ma grand-mère paternelle, avait le même point de vue. Elle savait lire et elle avait du plaisir présenter des contes. Mais elle aussi me dit : « Il faut que tu aies le courage, un jour, de partir, afin que tu sois libre. Il n’y a pas de frontières. Il y a une unité dans ce monde qui est occultée par les hommes. Quel que soit le pays, on y trouve la même chose, en particulier beaucoup d’amour. Ton grand-père allait de Fès en Mauritanie. Tu dois faire de même et ne jamais t’arrêter. »

J’ai réalisé, adulte, les injonctions des femmes de la génération précédente. La valeur de liberté était première chez elles. Mais la dureté de la vie qu’elles menèrent fit qu’elles ne purent la réaliser. Je fus donc doublement mandatée pour mettre en œuvre ce rêve collectif de femmes, créer cette liberté qui me fera échapper au destin. Ces femmes avaient un autre rêve, bénéficier, à leur tour, de ce qui était autrefois, dans la société patriarcale, un élément propre aux hommes, celui de circuler dans l’espace extérieur à l’espace domestique. Clairement, je devais faire comme mon grand-père qui allait en Mauritanie et même aller beaucoup plus loin que lui selon l’injonction prophétique qui ordonne à toute femme d’aller jusqu’en Chine, au moins pour y chercher la sagesse.
Inutile de souligner que ces femmes étaient portées par un rêve de mondialisation, tout autre que la mondialisation seulement économique des libéraux de tout genre. Les idées nationalistes, mais aussi toute forme de communautarisme, y compris celui qui s’étend à la umma, leur étaient totalement étrangères. Car elles mettaient en avant, dans leur hiérarchie de valeurs, une autre valeur qui était l’amour de tout membre du genre humain quelle que soit son identité.
Ce faisant, ces femmes énonçaient non pas des droits de l’Homme, mais des devoirs de l’Homme, à commencer par le devoir d’amour. Ces notions ne sont pas chez nous d’origine occidentale comme le disent un certain nombre d’ignorants. Elles sont nos valeurs les plus enracinées.
 
Paradoxalement, j’ai exercé ma liberté et j’ai découvert durant mes voyages, générosité, échange, tolérance, paix et amour cela m’a encouragée à aller beaucoup plus loin encore sur mes chemins de vie !





الصفحة الرئيسية العدد 947 الاربعاء 7 اكتوبر 2009 لجريدة المساء

«راعية غنم» طوعت القدر لتحتل واجهة الأروقة العالمي

فاطمة بنت أوعقا في معرض لوحاتها
شكلت عبر تجربتها مسارا مدهشا حمل توقيعات أكبر أروقة المعارض العالمية: نيويورك، إسبانيا، جنيف، الصين، كوالا لمبور، بوينيس أيريس، أرمينيا، برلين.. وبفضل إبداعها الذي يحظى بدينامية أصيلة، حصلت على مجموعة من الميداليات الذهبيبة والفضية ووشحت بأوسمة فخرية على صعيد فرنسا واليابان وغيرها من البلدان، وأدرج اسمها في الموسوعة العالمية للفن الحديث، وورد في الذكرى السنوية للفنون. كما اختيرت هذه السنة، لتكون من ضمن أعضاء بينال موسكو.
ولدت فاطمة بنت أوعقا في قبيلة أيت سعدن بضواحي مدينة فاس. وفي أواخر الأربعينيات، وبفضل جدَّتها ولجت المدرسة، غير أن هذا المسار لم يكتمل، حيث دخلت عش الزوجية وهي في عنفوان الشباب، وشاء لها القدر أن تترمل بعد اغتيال زوجها من طرف أحد شركائه في مجال التجارة، لترحل في ما بعد نحو فرنسا لتتزوج بطبيب فرنسي. وكان لهذا الأخير الفضل في أن تعاود التعلم. وبمجهودها الخاص، حصلت على شهادة الباكالوريا، ثم الإجازة في البسيكولوجيا. انخرطت، بتحفيز من زوجها، في محترف فني للصباغة، ومن تمة ارتبطت بعالم التشكيل. ومنذ 1994، ستتوالى معارضها الفنية على الصعيد الفرنسي والدولي.
أعمالها تعكس فرادة في الأسلوب، تمتح من اللاشعور ومن التجربة الحية، واقعية العناصر، أسطورية المشهد، حداثوية التكوين، واقعية بجزئياتها لكنها بنظرة كلية توحي بالتجريد، تحثك على الولوج الى عالمها الخاص، فهي تتشابه في صيغتها العامة، لكنها تختلف بعناصرها أو الجزئيات والمفردات التي تكون هيكلها العام والتي تنتمي إلى العالم من خلال التدريب المستمر لحركة اليد والبصر، مما كوّن أسلوباً يعتمد على إظهار الخفايا في الأشكال. وبهذا برزت قيم تشكيلية جديدة لها أهميتها عند هذه الفنانة المتألقة، أشكال فرحة، مأساوية، مندمجة، متراكبة، متداخلة، أومتجاورة، تترابط، تضاعف عنف التحولات، الأمل، اليأس، كمقطوعة شعرية تمزج بين المختلف والمؤتلف، على طريقة ديونيزوس أفليس، وهو «الإله» الحامي والمحافظ على الفنون الجميلة ! Les beaux-arts، وبالأخص التراجيديا والكوميديا المنحدرين من حفلاته التي كان يحييهاالباخانيون.
توحي لوحات فاطمة بنت أوعقا بطقوس الحضرة، حيث الدواخل متحررة من الرقابة، تتحدى الذات، حيث نرى العناصر تتحول وتزدحم لتملأ المكان أو جسد اللوحة التي تتحول عناصرها إلى مفردات مكثفة تختزن بيئتها المشاهد البصرية والمفاهيم الروحية.
في أساسيات عملها التشكيلي، تشتغل على المرئي واللامرئي، الشعور واللاشعور، وعلى الظاهر والباطن، وعلى الذات الداخلية التي تواجه العالم الخارجي فتضيئه ويصبح منها يتلقاها، يأخذ منها ويعطيها المخفي من الأشياء ويصبح ظاهراً والعناصر الثانوية أو الصغيرة في كل عنصر تشكيلي تكون لها حرية الحركة، فالتكوين يبرز كمعطى لمجموعة من المسلمات والإيحاءات، ولا يكشف عن نفسه بشكل مباشر، بقدر ما يشكل مفتاحاً لمشاهد ما وتضعه أو تفتح له الدرب لمتابعة سياق تشكيلي معين، ويجعله يقرر أو يتساءل حول ما إذا كان الفعل التشكيلي قد تحقق بكل قوته أم لا؟
يجد المشاهد نفسه أمام معطى بصري معروف لديه وقد ألفه في حياته اليومية. يرى في اللوحة عناصر صغيرة واقعية محمولة بالضوء أو تحمل الضوء، فتخلق لديه فسحة من الاطمئنان للدخول في سياق آخر وربما يكون هو الظل، وفي الغالب، لا يكون الظل أسود، ولا الضياء أصفر.. عالم سحري، عجائبي، وفي نفس الآن، يفصح عن مكنون الذاكرة ويغرف من الواقع، فلا يسقط في الفن الديكوري، وفي إثارته المدهشة يعود لينزع عنك تلك الطمأنينة، فتعيد طرح السؤال.
الفعل التشكيلي عند فاطمة يحمل في طياته بقايا تجارب تشكيلية قديمة، وحركات متزامنة، وتباينات تذكرنا بتكعيبية تحليلية متحررة، لكن الرغبة التجريدية هنا حاضرة باستمرار كمكبوتات تنتظر أن يسمح لها بالتدفق، وأخيرا تقتحم تقنيات العمل فتولد تعبيرية تحمل معها قيما جديدة.
فاطمة تجرد لأنها مهووسة بالإيقاع، إيقاع يعكس المعنى الحقيقي لأعمالها الصباغية، فلولا الإشارات التشخيصية في أعمالها التي تعبر عن ذاتها ومسارها الحياتي، وكذلك تاريخ الفن، لتمت قراءته كانعكاسات ذهنية أو تداعيات حلمية، وهو ما يعطيها حيويتها ويبرز طابعها الحكائي.
هذا النوع من الفن يظل مرتبطا بالتعبير والحساسية الذاتية، ويسير في اتجاه حداثي تشكيلي، كما يرمز إليه دوسيطايل.
في منحها التجريدي الوجداني، تحاو! ل أوعقا أن تبحث عن مجال كوني تشحذه اللوحة بعيدا عما هو مسلم به في المجال التشكيلي، كالسطحية، أو الخطوط الكرافيكية واللمسات، أي تبحث عما يسمح لها بذلك بدون نقاش أو تفصيل، بوضع حركتها الفعلية بصرامة تكتفي بذاتها وتفسر ذاتها. وحسب نيتشه، فـ«الفن الذي يبحث له عن مبررات، لا يعني شيئا ذا بال».
تعد المعارض التي أقامتها هذه الفنانة في المغرب قليلة جدا، وبذلك فهي غير معروفة بالقدر الكافي في الأوساط التشكيلية، ويرجع الفضل في اقتراحها على رواق سيزار الذي افتتح مؤخرا بزاوية شارع محمد مامون بالقرب من الملعب الشرفي بالدارالبيضاء، إلى الناقد الفرنسي جون فرانسوا كليمون الذي تأثر بمسارها الحياتي، حيث وجد أنه يطابق مضمون لوحاتها.






Fatima Binet Ouakka
" RACINES AU PLURIEL"

A la nouvelle galerie casablancaise « Ces-arts »
du 16 octobre au 14 novembre 2009

Dans le récit de vie de Fatima Binet Ouakka ont prédominé, intervallaires, les mauvais coups du sort, la souffrance et un sentiment angoissant de la précarité des choses. A bien des égards, c’est un chemin des ordalies dont elle est sortie fortifiée pour ainsi dire et plus combative que jamais. Pour la chronique, elle avait commencé par être bergère dans la région des Ait Sadden dont elle est native, près de Fès, avant de s’expatrier. Arrivée en France, elle s’était mariée et avait préparé un diplôme en psychologie. Intégrant par le fait du hasard un atelier de peinture, son arrivée à l’art et à la découverte des formes et des couleurs était vécue à la fois comme une libération et une révélation. Alors les expositions individuelles et collectives se sont multipliées depuis 1994 (Paris, Allemagne, Chine, Malaisie…), mettant au jour une création plastique d’un dynamisme époustouflant, original, que pas mal de médailles d’or, d’argent, de distinctions honorifiques sont venues consacrées à juste titre. Son élection cette année comme membre du jury de la Biennale de Moscou est une autre manière de reconnaître son talent.
 
Chez Fatima Binet Ouakka, tout est à identifier comme style. Dès le départ, l’artiste a peint comme si elle avait accès à son inconscient dont elle a peu de raison de craindre le contenu. Issue d’expériences vécues fortement intériorisées, la peinture  affiche une vitalité du mouvement telle qu’on ne peut pas prévoir ce qui va arriver. Une fois à l’œuvre, l’artiste est littéralement emportée par sa fougue où se mêlent transe, jeu sérieux, dépassement de soi…
Gaies, burlesques ou dramatiques, les formes en aplats, juxtaposées, se chevauchant ou s’imbriquant au moyen des touches, s’articulent de manière frénétique et quasi dionysiaque.

D’un travail à l’autre, la composition se donne tel un agrégat de suggestions et d’évidences qui, sans vouloir rien montrer au fond, nous laissent décider si l’acte pictural a effectivement eu lieu dans toute sa vigueur ou non. Un acte charriant des résidus d’expériences plastiques antérieures, de mouvements simultanés, des contrastes évoquant un cubisme analytique débridé. Mais le désir abstractif est là comme un refoulé tout en nerfs, qui attend de déferler et qui finit par imprégner la technique et la basculer dans un expressionnisme en rupture de cercle, c’est-à-dire typique et porteur de nouvelles valeurs.
Certes, Fatima Binet Ouakka abstrait parce qu’elle est hantée par le rythme, un rythme qui composerait à lui seul le sens de sa peinture, n’étaient les connotations figuratives qui se réfèrent ici et là à sa personnalité, sa biographie, voire même à l’histoire de l’art, et qui se lisent en filigrane comme des projections mentales, des « divagations » oniriques : autant d’effets, de graphisme et de signes à caractère identitaire et narratif. C’est une peinture qui reste liée à l’expression et à la sensibilité, et perpétue un modernisme plastique, dont le modèle symbolique est Nicolas de Staël.

Des éléments figuratifs, rappelant des personnages dans diverses postures, souvent en arrière-plan, font penser à des dessins d’enfants soumis à des exercices mnémoniques. Fatima Binet Ouakka semble parfois creuser dans un vécu qui frise le miroir, mais qu’elle fait tôt de singulariser dans des juxtapositions inédites. Elle ne voudrait pas tomber dans le décoratif ni trahir une mémoire qui, dévoilée, pourrait n’être qu’un faux-semblant naturaliste. Créatrice de génie (dans le sens propre du mot : génitrice engendrant un être nouveau), elle cherche à repérer, comme chez les abstraits lyriques français, dans un espace panoptique (ici supposé celui de la toile), au-delà des conventions plastiques telles la planéité, les lignes-contour, les touches répétées, ce qui lui permettra, sans avoir trop à discuter ni à argumenter, d’installer définitivement l’autorité de son geste qui ne sera pas un acte ni un serment de foi, mais l’expression d’une force innée, qui peut s’interpréter par elle-même. Car, dit à propos Nietzsche, un art qui a d’abord besoin d’être prouvé ne vaut pas grand-chose.

Les œuvres de Fatima Binet Ouakka, qui inaugurent la nouvelle galerie casablancaise « Ces-arts » racontent un parcours artistique des plus aspectés. Encadrées ou sans châssis (comme chez les supports-surfaciens), elles dénotent l’apport considérable d’une palette proprement déroutante, qui donne, dans le contexte marocain actuel, l’approche esthétique et le raisonnement théorique à l’appui, un fort pressentiment de renaissance.
 
Abderrahman Benhamza est un écrivain marocain né en 1952 à Marrakech.
Abderrahman Benhamza est considéré parmi les auteurs les plus remarqués
de la littérature française et de la critique d'art au Maroc.

Parmi ses oeuvres et ses livres, on trouve : ''Le Voyageur'' (1975),
''Lumières fragiles et profonds déserts'' (1977),
''Chant en do mineur'' (1981) et
''D'un sommeil à l'autre'', ''C'est ici que ça se passe'' poète en français (2007)... etc.
Abderrahman Benhamza

Abderrahman Benhamza





MAP MAROC AGENCE PRESS
L'artiste peintre marocaine Fatima Binet-Ouakka participera, du 11 au 24 septembre prochain, à une exposition collective à Erevan (Arménie).
Cette exposition, qui aura lieu à la Galerie nationale d'Arménie, présentera les travaux de 21 artistes de renommée internationale venus de 15 pays.

"C'est une première pour moi de prendre part à une manifestation d'une telle envergure et de partager ce moment fort avec des artistes de renom", a confié Fatima Binet-Ouakka à la MAP.
La plasticienne, qui expose une dizaine de toiles jusqu'au 8 août au Salon franco-allemand de Berlin, vient d'être réélue membre du bureau du Conseil d'Administration du Conseil national français des arts plastiques.
Née à Fès, Fatima Binet-Ouakka est diplômée en psychologie-physiologie de l'Institut Pierre et Marie-Curie à Paris.
Formée aux arts plastiques, l'artiste, dont le nom revient fréquemment aujourd'hui dans le milieu des arts parisiens, a un parcours impressionnant qui l'a emmené dans les plus beaux sites d'exposition du monde, de New York à Cerda (Espagne), de Genève à Xiams (Chine), de Rabat à Kuala Lumpur (Malaisie), de Buenos Aires (Argentine) à Berlin (Allemagne).

Membre de "Association of Art to the UNESCO", la plasticienne marocaine a reçu de nombreux Prix et distinctions, dont la médaille d'Argent de la ville de Paris, la médaille d'Or de la ville d'Arles et le Prix "Bosco Tatsuya Hirata" (Japon).
Au sommet de son art, sa notoriété apparaît aussi bien dans le Dictionnaire de cotation des artistes modernes que dans l'Annuaire international des Arts.